lundi 23 janvier 2017

" En attendant Mars " - Exposition à la Galerie Audi Talents / Paris jusqu'au 19 février 2017


Depuis le 11 janvier dernier, se tient une très intéressante exposition à la Galerie Audi Talents à Paris (23, rue de Sicile 75004) et elle se tiendra jusqu'au 19 février (deux semaines de plus que la date initialement  annoncée) :

EN ATTENDANT MARS


L'artiste Bertrand Dezoteux s'est inspiré de l'expérience Mars 500 qui s'est déroulée en 2010 et 2011 en Russie (simulation d'un voyage martien avec 520 jours de confinement) pour réaliser sa très belle exposition, qui mêle à la fois films vidéos et des maquettes reconstituant certains des lieux de vie de l'expérience Mars 500. Et ces maquettes sont ''habitées'' par des marionnettes qui sont librement inspirées des six volontaires-astronautes qui ont y participé, dont le français Romain Charles.

(Crédit : ESA)

L'exposition est divisée en deux niveaux :

- Salle haute avec des photos et surtout une vidéo comprenant des images inédites de la mission Mars 500, filmée par l'équipage et par l'artiste lui-même qui s'est rendu sur les lieux de l'expérience.



- Salle basse avec maquettes, marionnettes et vidéo

Les deux maquettes, en carton, et qui représentent la cuisine et les chambres des astronautes, ont été réalisées dans l'atelier de l'artiste, et je dois avouer, que, même si ce ne sont que des maquettes, l'effet visuel est bluffant, non pas tant au niveau du réalisme, mais surtout qu'elles s'incorporent parfaitement avec les marionnettes, dont un des deux films présentés nous les met en action ensemble. Cette vidéo, d'une durée d'une quinzaine de minutes est à voir et elle est intitulée ''En attendant Mars''.

Je vous conseille vivement d'aller voir cette exposition, totalement gratuite.

L'artiste Bertrand Dezoteux a été nommé pour son projet ''En attendant Mars'' lauréat Audi Talents Award 2015 et a été soutenu par l'Observatoire de l'Espace du CNES.





Crédit : Stéphane Sebile / Spacemen1969
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Remerciements à la Galerie Audi Talents


mercredi 18 janvier 2017

Conférence de presse Présentation SmallGEO - Paris le 18 janvier 2017



Les principaux responsables de la plateforme SmallGEO, qui doit être lancée pour la première fois depuis Kourou le 28 janvier prochain (heure Paris) par un lanceur Soyouz (ST-B VS 16), étaient réunis au siège de l'ESA à Paris pour présenter cette première mission.

Le replay de la conférence (en cliquant ici)


- Jan Woerner, Directeur Général de l'ESA
- Magali Vaissière, ESA - Directrice Télécommunications & Applications Intégrées
- Carlos Espinos, Directeur d'Hispasat
- Andreas Lindenthal, Bureau directeur d'OHB
- Gert Gruppe, Directeur administration spatiale à la DLR

SmallGEO est une plateforme développée par OHB (Allemagne) sous financement de l'Agence Spatiale Européenne (ESA) dans le cadre du programme R&T ARTES 11. Cela permettra à l'industrie spatiale européenne de se doter d'une plateforme légère et compétitive pour l'envoi de satellites géostationnaires de moins de 3 500 kg et de 7 Kw, face aux plateformes GeoStar 2 d'Orbital ATK.

(Jan Woerner et Magali Vaissiere)

ARTES signifie Advanced Research in TElecommunications Systems et est un programme qui doit stimuler l'innovation et promouvoir le développement de technologies, de services et d'applications en partenariat avec l'industrie spatiale européenne pour permettre à celle-ci de rester dans le leadership des satellites de communications et d'être compétitive sur ce marché face à la concurrence.

Aider la R&D, permettre la création et une approche nouvelle dans la technologie, la commercialisation et l'utilisation opérationnelle permettra donc d'anticiper les futures demandes et donc d'être pleinement compétitif sur ce marché d'avenir. La bonne santé du secteur des télécommunications permettra la création de plus d'emplois, de services et aussi d'innovation.
Pour chaque euro (1€) investit dans ARTES, les états membres pourront recevoir jusqu'à 21€.

Pour pouvoir fonctionner, ARTES forme donc un partenariat public/privé (PPP) entre l'ESA, OHB (pour la plateforme) et Hispasat (le satellite).

Le transfert en orbite géostationnaire se fera en propulsion chimique et le maintien en orbite par propulsion électrique.

(Intégration du satellite Hispasat 36w-1 : et vue d'artiste du même satellite)


Pour cette première mission, c'est l'opérateur Hispasat (Espagne) qui en sera le principal exploitant suite au contrat partenariat public/privé (PPP) signé en 2008 entre l'ESA et OHB.
C'est le satellite Hispasat 36W-1 (AG 1) qui sera donc lancé en orbite géostationnaire (à 36° Ouest) pour une couverture de l'Europe, les îles Canaries et l'Amérique du sud.

- Plus d'info sur ce satellite en cliquant ICI (site de l'opérateur)

(Magali Vaissiere de l'ESA et Carlos Espinos d'Hispasat)


La deuxième plateforme SmallGEO mettra en orbite le deuxième satellite EDRS-C avec un lancement prévu cette année.

Un satellite Electra de l'ESA à propulsion électrique est prévu pour un lancement en 2022. La mise en orbite géostationnaire se fera, pour la première fois au monde, par propulsion électrique, ce qui permettra de doubler la capacité d'emport de SmallGEO.

(Andreas Lindenthal d'OHB et Gerd Gruppe de la DLR)

D'autres satellites seront lancés aussi par SmallGEO comme Heinrich-Hertz pour la DLR (en 2020-2021) ou les MTG.



Crédit : Stéphane Sebile / Spacemen1969
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Conférence de presse de Jan Woerner, directeur Général de l'ESA - Paris le 18 janvier 2017


Jan Woerner, Directeur Général de l'ESA, recevait la presse ce matin au siège de l'Agence Spatiale Européenne à Paris afin de rappeler l'activité de 2016, et de présenter les activités spatiales de l'agence attendues en 2017 et même après.


Je ne vais revenir en détail sur toute la conférence - vous pouvez retrouver le replay de celle-ci sur le site de l'ESA (en cliquant ICI), mais certains points méritent d'être présentés et commentés (je laisse à chacun le soin d'analyser les propos de cette conférence).

Commençons d'abord par le budget 2017 qui est en augmentation de 500 millions passant de 5,250 milliards à 5,750 milliards d'euros soit quand même une augmentation de près de 10%. D'ailleurs, la tendance est générale auprès des agences spatiales du monde entier, comme le CNES qui a aussi un budget augmenté sensiblement du même ordre (la NASA a aussi un budget en augmentation). 
Si on regarde les graphiques, on constate que la l'augmentation la plus importante provient des autres partenaires institutionnels (460 millions sur les 500).

On constate une très légère baisse du presque premier contributeur, l'Allemagne (858,4 M€), ainsi que de l'Italie, et une très légère hausse (+ 0,10%) de la France, qui apporte une contribution de 855,9 millions d'euros, la France devenant, à 3 M€ près, le premier contributeur européen. Le Brexit n'a pas d'impact ou presque sur la contribution de la Grande-Bretagne (en baisse seulement de 25 M€). Sinon, la grande majorité des pays contributeurs ont investit à peu près la même contribution que l'an passé.

(crédit : Doc ESA / Spacemen1969 - Stéphane Sebile)


Dans la répartition par domaines d'activités, on peut constater plusieurs choses d'après les graphiques fournis entre cette année et l'an passé :

- forte augmentation pour la Navigation (+ 39,70 %)
- l'activité Vol Habité a été couplée avec celle de l'exploration robotique (+ 12 % quand même par rapport aux deux activités l'an passé)
- Activité Lancement sensiblement la même
- Baisse de 3 % pou l'observation de la Terre



Parmi les grands événements de 2016 pour l'ESA, il y a eu bien sûr, la fin de la mission Rosetta.

Exomars est un succès malgré l'échec de Schiaparelli lors de sa tentative d'atterrissage sur le sol martien. On sait que les retrofusées se sont éteintes très prématurément et on sait aussi, grâce à toutes les données recueillies et à l'enquête qui a été menée, ce qui a causé le dysfonctionnement, et donc maintenant, nous savons parfaitement ce que nous devons faire et ne pas/plus faire pour Exomars 2020. Nous savons que c'est une mission à risque, mais nous savons aussi, trois ans à l'avance, ce qu'il convient de faire pour la rendre optimale.



Mise en service de Galileo (du moins les premiers services initiaux), et malgré des problèmes sur certaines des horloges atomiques sur les satellites de la constellation. 
(Voir le sujet sur Galileo du 15 décembre dernier).

<< On ne doit plus dire que Galileo est le GPS européen, 
mais que le GPS est le Galileo américain >> 
(Jan Woerner)



Tous les astronautes de la sélection 2009 ont volé maintenant (Thomas Pesquet est actuellement dans l'ISS jusqu'en mai prochain). 
Je me souviens d'un article que j'avais écris lors de la présentation cette nouvelle sélection et des propos que j'avais rapporté lors d'un entretien avec Jean-jacques Dordain, le Directeur Général de l'ESA à cette époque, qui disait << que les 6 astronautes sélectionnés voleraient, et que cela sera sûr et certain ! >> J'avais reçu beaucoup de messages me disant que j'étais trop optimiste et qu'il fallait que je garde ''un oeil critique'' sur ce qui m'avait été dit ! 
Et bien, force est de constater que Jean-Jacques Dordain avait parfaitement raison ! (et moi aussi ;-) ) Les six astronautes 2009 ont tous volé !

Jan Woerner s'est félicité de l'engouement du public pour les vols habités, pour preuve l'interview en direct sur France 2 de l'anglais Tim Peake en début d'année 2016, ou celle de l'équipage actuel Expedition 50 (avec Thomas Pesquet) par une chaîne de télé allemande.


Le partenariat, la collaboration avec la NASA n'a jamais été aussi forte pour les vols habités, car on a tous remarqué que le Capcom lors de l'EVA de Thomas Pesquet et de Shane Kimbrough le 13 janvier, était Luca Parmitano, un astronaute de l'ESA. C'est un << Big Step >> a ajouté Jan Woerner.

Il y a déjà des astronautes assignés pour 2017, 2018, et 2019 (voir photo ci-dessous), et il y aura ensuite d'autres missions qui seront effectuées, dont certainement à bord de la capsule Orion qui doit faire son premier vol habité en 2021-22, et dont l'Europe, l'ESA, va fournir, dans un premier temps, les modules de service des deux premières capsules. et n'oublions pas, que l'Europe a acté l'utilisation de l'ISS au moins jusqu'en 2024.

Concernant les astronautes, voici un petit ''état des forces'' actuel du corps des astronautes de l'ESA. On remarquera la présence de Matthias Maurer dans cette liste, et il n'est pas improbable que l'ESA annonce prochainement et officiellement son rattachement au Corps des astronautes. Il est le ''7ème'' de la sélection 2009, et était à disposition de l'ESA au cas où. Il avait intégré l'ESA et on a pu le voir pour les missions CAVES et NEEMO, mais il n'a pas encore fait la formation spécifique d'astronaute.
 On ne peut que faire des suppositions quand à sa présence dans cette liste comme le départ définitif ou pour raison médicale / familiale d'un titulaire et/ou l'augmentation des opportunités de vols spatiaux qui feraient que l'ESA ait besoin d'un astronaute supplémentaire / ou remplaçant, sans à avoir à ouvrir une nouvelle sélection.
De plus, on sait que la DLR (Allemagne) a lancé un recrutement d'astronaute féminin et que l'ASI (Italie) a déjà dans ses rangs un astronaute militaire. Je pense que nous aurons la réponse assez vite.


Concernant le Brexit, cela n'a et n'aura pas d'impact (direct et/ou immédiat) sur l'Europe Spatiale et l'ESA.


Concernant les grands projets dans un futur proche, et bien, tout est là, ci-dessous ;-)



Pour la nouvelle administration américaine, l'ESA est déjà en contact avec l'équipe de transition du nouveau président Donald Trump. D'ailleurs, au moment où vous lirez ces lignes, Charles Bolden, actuel directeur de la NASA aura remis ou remettra avant le 20 janvier, comme le veut la tradition, sa démission. La NASA sera gérée en attendant le nouvel administrateur par robert Lightfoot (acting administrator).

Et pour toutes les autres activités de l'ESA, notamment son implication dans la vie civile, je vous invite à consulter le replay de cette conférence, et le site de l'ESA (www.esa.int), cela ne rentre pas dans mon domaine de prédilection, et donc je ne dirai pas des bêtises.


Crédit : Stéphane sebile / Spacemen1969
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lundi 16 janvier 2017

Disparition de l'astronaute Eugene A. ''Gene'' Cernan (1934-2017), dernier homme à marcher sur la Lune


Eugène A. ''Gene'' Cernan nous a quitté aujourd'hui à l'âge de 82 ans.


Né le 14 mars 1934 à Chicago, Gene Cernan entre à la Purdue University en 1952 après son baccalauréat en entrant de le programme des ROTC de la Navy (Naval Reserve Officers Training Corps) afin de préparer un diplôme d'ingénierie électrique. En se faisant payer ses études par la Navy, Cernan s'engage à servir celle-ci durant un temps au fois égale à celle de ses études.
En 1956, diplôme obtenu (avec une moyenne de 17/20), Gene Cernan commence sa formation de pilote de chasse en volant notamment sur FJ-4 Fury et A-4 Skyhawk. Puis il sera affecté à la base de Miramar à l'US Naval Postgraduate School où il passera une maîtrise de science en ingénierie aéronautique.

Le 17 octobre 1963, il est sélectionné par la NASA dans le Groupe 3 et effectue trois missions spatiales.

GEMINI 9A

Il effectue son premier vol avec la mission Gemini 9A.
Sélectionné avec Tom Stafford comme membre de l'équipage doublure de la mission Gemini 9, il passe en équipage titulaire (avec Stafford) suite au décès accidentel (crash avion) d'Elliot See et Charles Bassett qui était l'équipage titulaire.


La mission s'envole le 3 juin 1966 depuis Cape Canaveral et va durer 3 jours 20 minutes - jusqu'au 6 juin. Cernan y effectuera une sortie extra-véhiculaire (EVA) très très difficiel qui l'épuisera.

Article sur la mission Gemini 9A



APOLLO 10

Le 18 mai 1969, Gene Cernan s'envole pour sa deuxième mission, Apollo 10 en tant que LMP (pilote du module lunaire).


C'est la répétition générale de la mission Apollo 11 pour le premier alunissage d'un homme sur la Lune. Cernan y est accompagné de Tom Stafford (Commandant) et de John Young (pilote du CSM).

Stafford et Cernan, à bord du LM Snoopy se séparent du CSM Charlie Brown le 22 mai et vont se rapprocher de la surface lunaire qu'ils survoleront au plus près à 14,4 km d'altitude. Puis ils font route vers le CSM pour s'y arrimer de de nouveau. Les trois hommes reviennent sur Terre le 26 mai après un vol de 8 jours et 3 minutes. La mission est un succès et la voie vers le succès d'Apollo 11 est ouverte.

Article sur la mission Apollo 10
Article sur la capsule CSM Charlie Brown à Londres



APOLLO 17

Gene Cernan est nommé en 1970 comme Commandant de la mission Apollo 17. Il est donc aussi le commandant de l'équipage de réserve d'Apollo 14. Et cette mission Apollo 17 fait de Gene Cernan un astronaute ''exceptionnel'' : il est l'un des trois hommes à avoir effectué un voyage vers la Lune à deux reprises (avec Lovell et Young), il est aussi le seul homme à avoir été aussi près de la surface lunaire à deux reprises, et il est surtout le dernier homme à y avoir marché, pour l'instant.


Le 7 décembre 1972, Gene Cernan, Harrison Schmitt et Ron Evans s'envolent vers la Lune depuis le pad de tire LC-39A et ils l'atteindront le 10 décembre. Cernan et Schmitt aluniront le lendemain avec le LM Challenger à Taurus-Littrow laissant Evans à bord du CSM America.

Cernan et Schmitt resteront à la surface lunaire 3 jours et 3 heures et y effectueront 3 sorties extra-véhiculaires pour un total de 22 heures 4 minutes en EVA.
Schmitt et Cernan se serviront de la jeep lunaire pour explorer un peu les alentours. Ils s'éloignent jusqu'à une distance de 7,6 km du LM et parcourent près de 36 km en roulant en tout. Ils récoltent également 110,52 kg de roches lunaires.

Les trois hommes rentrent sur Terre le 19 décembre après une mission de 12 jours 13 heures et 52 minutes.

Article complet sur Mission Apollo 17
Article sur la capsule CSM America au Space Center de Houston
Article sur réplique combinaison Gene Cernan Musée de l'Air et de l'Espace au Bourget
Les Lunar Touch Rocks (Apollo 17)
La Moon Rock Apollo 17 du Palais de la Découverte à Paris
Apollo 17 et la Philatélie



En 1976, Gene Cernan quitte l'US Navy et la NASA pour travailler dans le secteur privé. Il avait près de 9 000 heures de vol dont 4 800 heures en jet et aura passé 23 jours 14 heures et 15 minutes dans l'espace.

En 1999, il publie ses Mémoires : The Last Man on the Moon
Article sur son livre



En 2016, il est le sujet principal du film-documentaire de Mark Craig The Last Man on the Moon. Film récompensé à de nombreuses reprises.



Gene Cernan était un farouche défenseur du programme spatial et souhaitait ardemment que les Etats-Unis aillent plus loin dans l'exploration spatiale. Il ''s'était opposé'' à la décision du président américain Barak Obama qui avait, en 2009, annulé le programme Constellation proposé par son prédécesseur George W. Bush, Jr.
Très proche de Neil Armstrong, il avait tenu un discours très émouvant lors des funérailles du premier homme à marcher sur la Lune le 13 septembre 2012.

J'ai eu la chance de le rencontrer à plusieurs reprises et le bonheur de discuter avec lui plusieurs fois. C'était vraiment un homme qui avait conscience de la chance qu'il avait eu de voler dans l'espace, mais aussi il savait l'énorme travail, la volonté, les sacrifices qu'ils avaient fait pour en arriver là, et c'était vraiment très enthousiasmant et motivant de l'écouter.


Au revoir Monsieur Cernan...

(Ron Evans et Gene cernan, tous deux maintenant disparus)

Crédit : Collection Stéphane Sebile / Spacemen1969
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